Novethic revient aujourd'hui sur le grave conflit qui oppose des habitants de la région de Cajamarca, au nord du Pérou, aux promoteurs du projet d’aménagement de la mine d’or et de cuivre de Conga.
Depuis octobre 2011, un grave conflit oppose des habitants de la région de Cajamarca, au nord du Pérou, aux promoteurs du projet d’aménagement de la mine d’or et de cuivre de Conga, porté par Yanacocha, une joint venture de Newmont, Buenaventura et l’international finance corporation. Ce chantier, qui doit débuter en 2014, est estimé à 4,8 milliards de dollars. Il devrait peser lourdement sur les réserves en eau de la région, sa réalisation devant conduire à sacrifier quatre réservoirs d’altitude pour les remplacer par des lacs artificiels. Pour les opposants, c’est aussi la destruction de centaines d’hectares de zones humides et la pollution de millions de m3 d’eau qui se profile.
Très forte mobilisation citoyenne
Après plusieurs grèves, manifestations et une marche de l’eau qui a rassemblée plus de 40 000 personnes en février, le 4 juillet dernier le gouvernement péruvien a décrété un état d’urgence de 30 jours dans 3 provinces du pays. Une mesure radicale qui fait suite à des affrontements très violents entre les opposants au projet et les forces de l’ordre qui ont fait 5 morts et une quarantaine de blessés. « L’état d’urgence, cela veut dire la suppression du respect des droits de l’homme », estime Marco Rodriguez, membre du « Colectivo de Peruanos en Francia » et du collectif de solidarité à Cajamarca. Selon la Constitution péruvienne en effet, il permet de « restreindre ou suspendre l’exercice des droits constitutionnels relatifs à la liberté et la sécurité des personnes, l’inviolabilité du domicile, et la liberté de réunion et de déplacement sur le territoire ». « Malgré cela, les gens continuent de manifester leur opposition », affirme Marco Rodriguez. Ils étaient ainsi près d’un millier à défiler dans les rues le 5 juillet, à l’enterrement d’une des 5 personnes tuées (Antonio Sanchez Huaman, un militant de 29 ans opposé au projet minier, victime d'une balle lors d'une manifestation dans la province de Celendin). Selon l’AFP cependant, le projet « bénéficie aussi de l'appui silencieux d'une grande partie de la population de cette zone, une des plus pauvres du pays, qui se réjouit de la manne qu'il représente ». Un collectif en faveur de la mine, constitué de résidents et de commerçants de la ville, a d’ailleurs été créé, le « Colectivo Cajamarca ».
Face à la radicalisation du conflit, le Président Ollenta Humala a fait appel début juillet à la médiation de l’Eglise, avec deux ecclésiastes respectés, l’Evêque Miguel Cabrejos et le Père Gaston Garatea. Une pratique qui a été utilisée à plusieurs reprises pour résoudre des cas similaires au Pérou. « Cette médiation est un premier pas qui a permis aux opposants d’être écoutés, ce que nous demandions depuis des mois, explique Marco Rodriguez. Le processus de dialogue sera long et il ne signifie pas que le projet sera réexaminé or nous ne voulons pas de ce projet qui n’est pas viable. Nous n’accepterons aucun maquillage, aucun aménagement. » Devant la pression affichée par les opposants, le groupe Newmont a en effet annoncé récemment qu’il allait investir 102 millions de dollars supplémentaires pour mettre en œuvre les recommandations d’améliorations environnementales et sociales d’un groupe d’experts internationaux mandaté par le gouvernement. Un geste d’apaisement pour la firme qui, dans un communiqué du 22 juin explique qu’« après avoir examiné le rapport d'audit final international, nous pouvons voir que sa principale conclusion est que l’étude d’impact environnemental du projet Conga a été correctement effectué, conforme à la législation en vigueur et conforme aux deux normes péruviennes et internationales. La vérification a également révélé que le volume et la qualité des eaux superficielles et souterraines sont celles indiquées dans l'EIE, et que les mesures d'atténuation adoptées sont appropriées. » Parmi ces dernières, la création de grands réservoirs permettant de quadrupler l’offre initiale d’eau. Mais pour les opposants au projet au contraire, ni le rapport d’experts ni les mesures prises par Yanacocha ne sont suffisantes. Pour sortir du conflit, ceux-ci demandent la convocation d’un référendum.
Cependant, la tenue d’un vote est loin d’être gagné. Car le conflit minier de Cajamarca est loin d’être le seul au Pérou. Une exploitation d’un gisement de cuivre, à Quellaveco, au sud du pays fait également l’objet de contestation mais le 13 juillet, après 15 mois de négociations, un accord sur les ressources en eau, la protection de l’environnement et l’emploi local a été conclu avec la compagnie Anglo American, les autorités locales et le gouvernement. Un accord que le gouvernement péruvien aimerait prendre pour exemple pour résoudre le conflit de Cajamarca, souligne l’agence de presse officielle péruvienne, Andina.
Vers une mobilisation internationale ?
En attendant, face à la radicalisation du conflit et à la montée de la violence, Amnesty International a lancé un appel au calme. L’ONG demande « l'arrêt immédiat de la violence et des mesures de protection pour les défenseurs des droits de l'homme ». « L'intensification inquiétante des conflits sociaux autour de la question des ressources naturelles au Pérou ouvre la voie à de graves atteintes aux droits humains », déplore ainsi Guadalupe Marengo, la directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International qui demande l’ouverture d’une « enquête exhaustive, impartiale et indépendante sur les récents affrontements, afin d'amener les responsables des homicides à rendre des comptes pour leurs actes ».
Par ailleurs, en Europe et en France, des associations se mobilisent au sein de « collectifs de solidarités à Cajamarca ». Ainsi le 20 juillet, des rassemblements de protestation vont être organisés devant les ambassades européennes du Pérou à Paris, Madrid, Londres, Milan, Bruxelles…L’association France Amérique Latine demande une prise de position officielle de l’hexagone sur le sujet, tandis que Sud Solidaire souhaite lancer un appel intersyndical en France pour permettre au monde du travail « d’intégrer cette lutte solidaire en France et en Europe ». Quant à France Libertés, l’association fondée par Danielle Mitterrand dotée du statut consultatif l’ONU, elle a donc d’ores et déjà distribué un exposé de la situation à l’Assemblée des Nations Unies et demande l’audition de représentants de la population de Cajamarca.
Source : Novethic
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